samedi 26 janvier 2008

Tissage de la toile

InternetMonde

1958
Aux Etats-Unis, en pleine période de guerre froide (Spoutnik, le premier satellite, a été lancé en octobre 1957), le Pentagone crée l'ARPA - l'Agence pour les projets de recherche avancée -

1969
Naissance du réseau Arpanet : deux, puis trois puis quatre ordinateurs sont reliés entre eux dans des universités de la côte ouest.

1971
Premier courrier électronique. Quatre ans plus tard sera lancé le premier groupe de discussion électronique.

1972
Démonstration publique d'Arpanet reliant alors quarante ordinateur sur le territoire américain.

1973 - 1974
Le mot "Internet" apparaît.

1989
Conception du World Wide Web (www) au CERN, le centre européen de recherche nucléaire à Genève.

1990
Définition des trois piliers du Web : les adresses URL, le langage hypertexte (HTML) et le protocole de transfert hypertexte (HTTP).

1993 - 1994
Explosion du Web et essor du e-commerce.

Et pendant ce temps-là, chez nous ?

franceAu tout début des années 70, la France apprend l'existence du projet américain Arpanet. On envoie donc là-bas une commission, elle revient, fait un rapport et décide qu'il faut faire la même chose en France.
De 1971 à 1975, une équipe dirigée par Louis Pouzin, montée de bric et de broc, travaille à la fondation de ce réseau concurrent, Cyclades, dont les grandes lignes techniques sont empruntées au fameux Arpanet. Avec, en plus, des innovations qui seront au coeur de l'Internet.
Louis Pouzin introduit la notion de "datagramme", petits paquets d'information circulant librement et indépendamment sur un réseau avant d'être recomposés en bout de course. Ses recherches sont reconnues comme majeures dans le développement de la technologie de commutation par paquets qui allait donner naissance au réseau Transpac et, plus tard, à la technologie ATM. C'est dire à quel point la France se trouvait en position de force, dans les années 70, pour prendre l'initiative dans la télématique.
Mais cette idée est celle d'un informaticien, elle déplait au monde des télécoms, fait l'objet de vives critique. Le réseau reliera des centres de recherche et des universités jusqu'en 1978, avant de mourir discrètement, faute de volonté politique. L'arrivée de Giscard à l'Elysée sonne la fin de la délégation à l'informatique et donc, de l'intérêt pour les Cyclades.
On nous a dit en substance :"Messieurs les chercheurs, vous avez bien travaillé, maintenant il faut laisser faire les industriels", se souvient Louis Pouzin. Pour les responsables de l'époque il était clair que la recherche en informatique c'était fini. Il fallait désormais trouver des applications pour informatiser la société.
Pour qui connaît la suite, l'erreur est si tragique qu'elle pourrait prêter à sourire. Après Cyclades, Louis Pouzin rejoint le Centre national d'étude de télécommunications (CNET, le département recherche et développement de France Télécom) où, sans passion, il participe à l'élaboration de normes informatiques européennes et à l'évaluation de projet ... avant de finir sa carrière dans l'enseignement.

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arobaseInformaticien chez Bolt, Beraneck & Newman (BBN, l'un des premiers bâtisseur du réseau mondial) Ray Tomlinson est l'inventeur du symbole @ qui, dans une adresse internet, sépare le nom de l'expéditeur de l'identifiant de l'ordinateur émetteur. Pour lui il s'agissait de trouver un caractère qui ne risquait pas de se confondre avec les autres lettres du libellé. L'arobase répondait à ce critère. Grâce à l'informaticien, ce symbole, dont les origines remontent au Moyen-Age, a été propulsé dans le cyberespace.

Utilisé par les épiciers et les comptables anglophones, @ venait d'une contraction du mot latin ad, signifiant "à", "vers" ou "près de", dont le graphisme s'inspire de celui des moines copistes. Dans le commerce, il est utilisé pour désigner les prix unitaires des marchandises. Cet usage explique l'intégration du symbole dans les claviers des machines à écrire apparues à la fin du XIXème siècle.

Le caractère @ a suscité diverses interprétations dans les pays qui ignoraient son existence. D'où une multitude de traductions syncrétiques ou métaphoriques qui se fondent souvent sur la forme du caractère. Les Allemands et les Néerlandais voient ainsi dans l'arobase une queue de singe, à laquelle les Espagnols, les Italiens et les Coréens préfèrent l'escargot, les Danois la trompe d'éléphant, les Hongrois le ver de terre et les Finlandais le chat.

arobase


Billet rédigé à l'aide des archives du Monde,
notamment des articles de Michel Alberganti et Stéphane Foucart

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