jeudi 7 septembre 2006

Nicolas et les blogueurs

Un petit évènement fait frémir actuellement une partie de la blogosphère. On en parle notamment au Bigbangblog de Daniel Schneiderman (info: Arrêt sur image reprend dimanche, avis aux amateurs)

Notre Nicolas national, conseillé par d'éminents spécialistes en communication armés de sondages en tout genre, déguste son petit déj'. Nicolas est le genre de type qui prend les deux biscottes de beurre allégé tartinées avec amour et reconnaissance par les mains expertes de Cécilia, en consultant les résultats des trois sondages et cinq enquêtes d'opinion qu'il a commandé la veille pour savoir comment il va agir le jour même.

Remarquez, Mitterrand avait ses voyantes et Chirac ses conseillers (aussi affutés d'ailleurs que les voyantes du précédent), il ne s'agit donc pas de jeter la pierre à Nico, chacun ses béquilles.

Les sondages et leurs analystes se sont rendus compte de l'influence grandissante des blogs et de leurs auteurs sur une frange de la population. Au moment du référendum sur le projet de Constitution, alors que les médias matraquaient à mort pour le "oui", quelques blogueurs influents ont fait réfléchir et ont forcé une partie de la blogosphère à analyser le texte. Des débats ont suivi et le résultat que vous connaissez est tombé.

Bref, pour en revenir à notre napoléon de l'UMP, le résultat des analyses et réflexions ont conduit les organisateurs de l'université d'été de l'UMP à inviter un certain nombre de blogueurs avec une accréditation "journalistique". Une liste a été établie, et les heureux élus ont pu bénéficier d'un voyage, d'un logement hôtelier ainsi que de petits cadeaux (savon, mignonnette de pastis, tongs, le tout siglé UMP, de futurs collectors en somme).

Parallèlement à ce beau geste, un site a été ouvert intitulé : Blogs de la France d'après. Je pense qu'il doit s'agir de la France d'après Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur.

Et évidemment, sur ce blog qui, entre nous, a du mal à admettre la contradiction puisqu'un seul (le plus anodin) de mes 6 commentaires a eu l'honneur d'être publié (au milieu de 15 "bravo Nicolas, continuez", "on vous aime", "vous êtes notre voix et vous nous montrez la voie"), figurent les résultats de cette splendide idée représentés par une liste de liens sur les articles issus de cette collaboration.

Cela n'a évidemment rien de répréhensible, et je crois savoir que l'idée a été également utilisée à l'université d'été du PS (sauf que chez eux, fallait tout payer !).

Lorsqu'on a un tel rassemblement politique, il ne faut pas attendre trop d'objectivité de la part des journalistes accrédités. En effet, ceux-ci et leurs familles mangent grâce à la rétribution que leur allouent Dassault, Lagardère ou Bouygues, propriétaires de la quasi totalité des grands organes de presse et de médias et accessoirement copains de Nicolas. A part quelques aventureux indépendants comme Denis Robert poursuivi par la justice à cause de son travail sur l'affaire Clearstream ou John-Paul Lepers, la couverture de cet évènement ne risquait pas de comporter trop de plis.

Je comptais donc sur la population blogueuse pour avoir une autre vision que celle, compassée, des officiels. Non qu'il faille attendre de la part des blogueurs de l'objectivité, pourquoi en auraient-ils et qui leur demande d'en avoir, chacun a son propre décodeur d'évènements et ça me paraît sain et normal. Non, l'objectivité, on l'obtient en mélangeant justement toutes ces opinions contradictoires et en pesant le pour et le contre des arguments de chacun. Oui mais voilà, ici, très peu d'opinions contraditoires, plutôt un grand élan d'admiration pour cette organisation au petit poil , des petits cris de plaisir devant ce parterre de jeunes subjugués par la parole des gourous, conquis par la qualité de l'accueil, de l'hôtel, par le fait de cotoyer tous ces "grands" et admiratif de l'orateur principal qui sait si bien caresser dans le bon sens les populations qu'il veut séduire.

Déception donc. Mais après tout, il y a une certaine logique. Le jeu, s'il avait été réellement respecté aurait été d'inviter également des blogueurs de l'autre bord, des mordants, des pointus, des "débatteurs", des Torpedo, des Monolecte, des Eolas, des Guillermo, des Manuel (pour le décryptage des discours), etc. Mais de ces gens, il n'y avait pas, juste un Vinvin, peut-être, un peu moins dupe que les autres, mais subjugué par Roselyne Bachelot).

Tant pis, donc, occasion manquée; mais il en aura d'autres des occases, avant l'échéance fatidique de 2007. Et d'ici là, j'espère que d'aucuns se rendront compte que celui qui passe les petits fours, c'est également celui qui expulse, celui qui renvoie dans leur pays, à la misère, à la faim, au danger, des familles de pauvres bougres venus chercher une scolarisation, un travail, une vie meilleure chez nous.

Aucun commentaire: